Retrouver confiance en son corps après le cancer : le chemin avec la sophrologie
« Guérir ne suffit pas toujours à se sentir bien dans son corps à nouveau. Après les traitements, le corps a changé — et l'image que l'on a de soi aussi. La sophrologie ouvre un chemin vers la réconciliation. »
L'après-traitement, une épreuve méconnue
On parle beaucoup du diagnostic. On parle beaucoup des traitements — la chimiothérapie, la radiothérapie, la chirurgie, leurs effets secondaires, leur épuisement. On parle moins de ce qui vient après : le moment où les traitements s'arrêtent, où l'entourage pousse un soupir de soulagement, où l'on est censée « reprendre sa vie normale ».
Sauf que le corps, lui, n'a pas oublié. Une cicatrice, une prise ou une perte de poids, des cheveux qui repoussent différemment, une fatigue qui s'accroche, une sensation de corps étranger, presque hostile. Beaucoup de patientes et de patients me disent la même chose en séance : « Je suis en rémission, je devrais être soulagé·e, mais je ne me reconnais plus. »
Ce décalage entre le soulagement attendu et le malaise réellement ressenti est l'une des épreuves les plus silencieuses de l'après-cancer. Elle n'est pas moins réelle pour être invisible aux yeux des autres. Et c'est précisément là que la sophrologie a un rôle essentiel à jouer : non pas pour effacer ce qui a changé, mais pour aider à retisser un lien apaisé avec ce corps qui a traversé la maladie.
Ce que le cancer change dans le rapport au corps
Le cancer et ses traitements touchent le corps à plusieurs niveaux, et chacun laisse une empreinte particulière sur la façon dont on s'habite :
La cicatrice et la transformation visible : une mastectomie, une stomie, une perte de cheveux, une prise de poids liée aux traitements hormonaux — autant de changements qui modifient le regard porté sur soi, dans le miroir comme dans le regard des autres.
La perte de sensation ou de sensibilité : certaines zones du corps deviennent moins familières, parfois douloureuses, parfois simplement « différentes », ce qui peut créer une forme de distance, presque d'étrangeté.
La fatigue persistante : le corps ne répond plus comme avant. Ce qui était facile devient un effort, et cet écart entre ce que l'on pouvait faire et ce que l'on peut faire aujourd'hui est souvent vécu comme une trahison.
La sexualité et l'intimité : la maladie et les traitements peuvent modifier le désir, la sensation, la confiance à se montrer et à se laisser toucher — un sujet encore trop peu abordé en consultation.
Le regard social : les remarques bien intentionnées mais maladroites (« tu as l'air en pleine forme ! »), le besoin de se justifier ou au contraire de cacher, ajoutent une couche de charge mentale à un corps déjà mis à l'épreuve.
Ce n'est pas un problème d'apparence. C'est une question de relation : la relation que l'on entretient avec un corps qui ne nous a peut-être pas trahis, mais qui nous a certainement transformés.
Le deuil du corps d'avant
Il existe un concept essentiel pour comprendre ce que traversent les personnes en rémission : celui du deuil du corps d'avant.
Comme tout deuil, il suit un cheminement qui n'est ni linéaire ni obligatoire, mais qui traverse souvent des étapes reconnaissables : le déni (« ça va repasser, ça va revenir comme avant »), la colère ou l'injustice (« pourquoi mon corps m'a fait ça »), la négociation avec soi-même, une forme de tristesse ou d'abattement, puis — pour beaucoup — une acceptation qui n'efface rien mais qui permet d'avancer autrement.
Ce deuil est rarement nommé, et c'est bien le problème. On ne fait pas le deuil de quelque chose qu'on n'a pas identifié comme une perte. Or, le corps d'avant la maladie — dans sa force, son évidence, sa transparence — a bel et bien disparu. Il ne s'agit pas de se résigner à un corps « abîmé », mais de reconnaître qu'un chapitre s'est refermé pour qu'un nouveau puisse commencer : celui d'une relation avec le corps d'après, qui mérite tout autant d'attention, de patience et de tendresse.
La sophrologie offre un espace pour traverser ce deuil sans le brusquer, à travers des techniques concrètes qui reconnectent en douceur à la sensation, à la présence, et progressivement, à la confiance.
Technique 1 : le scan de bienveillance corporelle
Cette pratique s'inspire du scan corporel classique en sophrologie, avec une intention particulière : remplacer le jugement par l'accueil.
Installé·e confortablement, assis·e ou allongé·e, on porte l'attention successivement sur chaque partie du corps — des pieds jusqu'au sommet du crâne — non pas pour évaluer ce qui a changé, mais simplement pour constater ce qui est présent maintenant. Face à une zone marquée par la maladie (une cicatrice, une zone de tension, un membre moins sensible), l'exercice consiste à formuler intérieurement une phrase d'accueil, par exemple : « Cette partie de moi a traversé beaucoup de choses. Je la reconnais. Je suis là pour elle. »
L'objectif n'est pas de forcer un amour immédiat et inconditionnel — cela viendrait avec le temps — mais de remplacer, séance après séance, le réflexe de rejet ou d'évitement par un réflexe de présence. C'est souvent la toute première étape, et parfois la plus difficile, tant l'envie de « ne pas regarder » peut être forte.
Technique 2 : la visualisation de réconciliation
Une fois qu'une certaine présence au corps est retrouvée, la visualisation permet d'aller plus loin, en travaillant sur l'image intérieure que l'on porte de soi.
En état de détente sophrologique, on peut être guidé·e à visualiser une rencontre symbolique entre soi aujourd'hui et le corps tel qu'il a traversé la maladie — parfois représenté comme une image, une lumière, ou simplement une sensation. Il ne s'agit pas de comparer ce corps à celui d'avant, mais de lui exprimer, en pensée, ce qu'on aurait besoin de lui dire : de la gratitude pour ce qu'il a enduré, de la reconnaissance pour sa résistance, parfois aussi de la tristesse qu'il est important de laisser exister.
Cette technique aide à sortir d'une logique de comparaison (« avant / après », « avant / mieux ») pour entrer dans une logique d'intégration : ce corps n'est pas un problème à résoudre, il est une histoire à accueillir.
Technique 3 : le geste d'amour envers soi
La troisième technique passe par le mouvement et le toucher — des gestes simples, volontaires, choisis, qui viennent contredire physiquement le sentiment de rejet du corps.
Cela peut être un geste aussi simple que poser une main sur une cicatrice ou une zone sensible, avec douceur, en respirant calmement, sans intention de « faire disparaître » ce qui est là. Cela peut aussi être un mouvement d'ouverture, comme étirer doucement les bras, redresser la colonne, offrir au corps une posture d'accueil plutôt que de protection.
Ce que ces gestes viennent installer, progressivement, c'est une nouvelle habitude relationnelle avec soi-même : celle de choisir, activement, un geste de tendresse plutôt qu'un réflexe d'évitement. Répétés régulièrement, même quelques instants par jour, ils reprogramment en douceur la manière dont on habite son corps au quotidien.
Le travail à long terme : de la tolérance à l'amour
Il est important d'être honnête : ce chemin ne se parcourt pas en une séance, ni même en quelques semaines. Il progresse généralement par paliers, et chacun mérite d'être respecté sans se comparer à un idéal ou au parcours de quelqu'un d'autre :
La tolérance — apprendre à regarder, à toucher, à nommer sans fuir.
L'acceptation — reconnaître ce corps comme le sien, sans qu'il soit besoin de l'aimer immédiatement.
La réconciliation — retrouver une forme de paix, de familiarité retrouvée.
L'amour — quand il advient, souvent bien plus tard, comme une gratitude profonde envers un corps qui a tenu bon.
Chaque étape compte, y compris — et surtout — la première. La sophrologie n'a pas vocation à accélérer ce chemin, mais à l'accompagner avec des outils concrets, à un rythme qui respecte l'histoire de chacun·e.
Témoignage
« Après ma chimiothérapie, je ne supportais plus de me regarder dans le miroir. Ce n'était pas de la coquetterie, c'était plus profond : j'avais l'impression de ne plus habiter mon propre corps. Les séances de sophrologie ne m'ont pas donné un corps "d'avant" — ça, c'était impossible. Mais elles m'ont appris à revenir doucement vers moi, sans me forcer, sans me juger. Aujourd'hui, je ne dirais pas que j'aime chaque partie de mon corps, mais je ne le fuis plus. Et ça a tout changé. » — Témoignage anonymisé, patiente accompagnée en rémission.
Vous n'avez pas à traverser cela seul·e
Le deuil du corps d'avant, la fatigue qui s'installe, l'image de soi qui vacille : ce sont des épreuves réelles, même quand tout le monde vous dit que « le plus dur est derrière vous ». Vous n'avez pas à attendre d'être à bout pour demander de l'aide.
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Sandra Pépin Sophrologue spécialisée dans l’accompagnement des personnes atteintes de cancer. Séances à domicile, en local privatif ou en visioconférence. Retrouvez-moi sur Instagram : @sophrosandra

